Les inventaires des collections des musées et institutions culturelles africaines sont essentiels à la gestion, à la préservation et au développement du patrimoine culturel. Dans ce document, nous ne nous intéressons pas aux inventaires internes des pays ou des institutions, mais nous explorons plutôt la faisabilité d'inventaires externes exhaustifs visant à répertorier tous les objets d'un pays détenus à l'étranger.
Cette note d'orientation répond à un défi émergent dans le domaine de la restitution : les gouvernements et décideurs africains considèrent de plus en plus les programmes d'inventaire externes comme point de départ. Bien que ce type d'inventaire soit utile, nous estimons que ces initiatives de catalogage à grande échelle sont gourmandes en ressources et souvent irréalisables compte tenu des contraintes auxquelles sont confrontés les gouvernements africains.
Nous préconisons plutôt une réaffectation stratégique des ressources gouvernementales limitées vers le soutien de projets de restitution menés par les communautés, qu'ils soient déjà actifs ou en cours de lancement – des initiatives qui nécessitent une attention immédiate et qui portent déjà leurs fruits malgré des circonstances difficiles.
Nos recommandations s'adressent aux décideurs africains qui doivent prendre des décisions en matière d'allocation des ressources, en proposant une approche alternative qui privilégie un travail de restitution urgent et mené sur le terrain plutôt que des projets de catalogage nationaux exhaustifs.
Principales conclusions
Les stocks ne garantissent pas les retours.Nos recherches n'ont révélé aucun lien direct entre la publication d'inventaires et la restitution effective des biens patrimoniaux. En réalité, la plupart des restitutions réussies sont le fruit de l'initiative des communautés qui découvrent leurs biens par hasard ou grâce à une mobilisation citoyenne.
Les coûts sont énormes.Un projet a coûté 3,9 millions d'euros pour documenter, enrichir les connaissances et rendre accessibles environ 5 246 objets provenant d'un seul royaume, tandis qu'un autre a recensé plus de 40 000 objets camerounais dans les seuls musées allemands – une échelle qui rend les inventaires exhaustifs financièrement irréalistes pour la plupart des pays africains.
Les distorsions coloniales persistent.Les archives muséales créées pendant la période coloniale utilisent des étiquettes comme “ fétiche ” ou “ amulette ” qui occultent leur véritable signification, tandis que la plupart des institutions occidentales contrôlent encore étroitement l'accès à leurs collections.
Une approche différente

Les données probantes plaident en faveur d'inventaires communautaires, fondés sur les besoins et partant des pertes des communautés plutôt que des collections muséales. Cette approche :
- Privilégier le soutien aux mobilisations communautaires existantes plutôt que la création de catalogues exhaustifs.
- Respecte les protocoles culturels liés aux connaissances sacrées
- Elle travaille avec différents niveaux d'accès numérique à travers l'Afrique.
- Priorise la durabilité et l'actionnariat local
Pourquoi cette recherche est importante
Lorsqu'elles sont réalisées, les inventaires sont plus efficaces lorsque ancrées dans les institutions nationales, lié à programmation publique, et utilisé pour reconnecter les communautés avec le histoires — et avenirs — de leur héritage volé.
Mais la visibilité seule ne suffit pas à rendre justice.
La restitution ne se limite pas au retour des biens, elle concerne aussi la réparation. Les gouvernements africains doivent choisir où investir pour un renouveau culturel à long terme et cohésion sociale. Téléchargez la note d’orientation (disponible en français et en anglais) pour accéder à des études de cas détaillées, à des recommandations stratégiques et à des cadres pratiques pour les efforts de restitution axés sur la communauté.
ERRATUM
Date de révision : octobre 2025
Ce rapport et les documents qui l’accompagnent sur le site web ont été mis à jour afin de préciser la portée et le contexte de nos recommandations. Les principales conclusions et recommandations du rapport demeurent inchangées. Ces modifications ont été apportées pour éviter que notre travail ne soit perçu comme une critique des projets existants, mais plutôt comme un guide destiné aux décideurs africains qui doivent évaluer les initiatives nationales de catalogage à grande échelle au regard d’autres priorités en matière de restitution.
Modifications apportées :
- Nous avons précisé que nos recommandations concernent les décisions d'allocation des ressources auxquelles sont confrontés les gouvernements africains qui envisagent des programmes d'inventaire des collections nationales conservées à l'étranger, et non les approches d'inventaire en général.
- Il est précisé que ces recommandations ne constituent pas des critiques des projets existants.
- Les références au projet Digital Benin ont été révisées afin de mieux refléter la portée plus large des travaux du projet, notamment les initiatives de création et d'accessibilité des connaissances au-delà de l'inventaire, et la référence budgétaire a été corrigée afin de représenter avec exactitude l'ensemble des activités que ce financement soutient.
- Correction d'une erreur de rédaction qui amalgamait à tort le projet Atlas of Absence avec des arguments plus généraux sur les logiques coloniales dans la recherche sur la restitution ; révision de cette section afin de préciser qu'Atlas of Absence fait partie d'une initiative de recherche plus vaste comportant de multiples volets au-delà de l'inventaire.
- La section des remerciements a été mise à jour afin d'assurer une représentation fidèle des processus de consultation.
Nous restons déterminés à soutenir les approches africaines en matière de restitution et à veiller à ce que nos recherches répondent aux besoins des communautés et des gouvernements confrontés à ces décisions complexes..


