La restitution du patrimoine africain – artefacts et restes humains – est l’un des enjeux majeurs de justice sociale de notre époque. Il s’agit de reconnaître des siècles de dévastation du continent africain et d’entreprendre une démarche de réparation sociale, historique et culturelle pour les Africains eux-mêmes.
Il est donc incontestable que les Africains devraient être – et ont historiquement été – à l’avant-garde des récits relatifs à la restitution du patrimoine africain. Pourtant, ce rapport, qui analyse la présence des Africains dans le récit mondial, révèle une invisibilisation intolérable des Africains dans le monde universitaire, les médias en ligne et les réseaux sociaux.
Deux siècles d'histoire témoignent de la mise en œuvre par les Africains de stratégies multiformes pour leur retour ; au fil du temps, ils ont constitué un corpus de connaissances et de récits relatifs à la restitution de leur patrimoine. Le manque de représentation africaine sur les plateformes internationales de création de récits et de production de connaissances s'explique par de multiples raisons. Il demeure néanmoins essentiel d'en comprendre les conséquences et de rechercher des solutions pour y remédier.


Le mouvement pour le retour du patrimoine africain sur le continent africain est né de l'initiative des Africains. De ce fait, l'évolution du discours sur ce retour, son éthique et ses implications mondiales a été impulsée par les Africains.
Ce rapport examine en détail l'étendue et l'influence politique des récits africains sur plusieurs décennies, principaux moteurs de la restitution du patrimoine. Il met en lumière le fait que des demandes de restitution étaient déjà formulées au moment du vol initial, mais que ces appels sont restés lettre morte jusqu'à nos jours.
On observe une intensification du discours dominant chez les spécialistes du patrimoine africain et chez les figures de l'indépendance comme Mobutu Seseko, qui ont plaidé pour la restitution des biens afin de permettre aux nouveaux pays indépendants de définir leur identité et de reconstruire leur société. On constate également la défense par les Africains de leur héritage légitime et leur frustration face aux dénis mesquins, souvent racistes, proférés par ceux qui, hors du continent, étaient (et sont encore) en possession de ce patrimoine. Ce rapport analyse également certaines recherches universitaires et constructions narratives actuelles menées par des penseurs africains.


